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mercredi 18 juillet 2012

l'enfant et la mère




"Dans cette mâle pulsion du “bâtisseur”, qui semble sans cesse me pousser vers de nouveaux chantiers, je discerne bien pourtant, en même temps, celle du casanier : de celui profondément attaché à “la” maison. Avant toute autre chose, c’est “sa” maison, celle des “proches” — le lieu d’une intime entité vivante dont il se sent faire partie. Ensuite seulement, et à mesure que s’élargit le cercle de ce qui est ressenti comme “proche”, est-elle aussi une “maison pour tous”. Et dans cette pulsion de “faire des maisons” (comme on “ferait” l’amour. . .) il y a aussi et avant tout une tendresse. Il y a la pulsion du contact avec ces matériaux qu’un façonne un à un, avec un soin amoureux, et qu’un ne connaît vraiment que par ce contact aimant. Et, une fois montés les murs et posés les poutres et le toit, il y a la satisfaction profonde à installer une pièce après l’autre, et à voir peu à peu s’instaurer, parmi ces salles, ces chambres et ces réduits l’ordre harmonieux de la maison vivante — belle, accueillante, bonne pour y vivre. Car la maison, avant tout et secrètement en chacun de nous, c’est aussi la mère — ce qui nous entoure et nous abrite, à la fois refuge et réconfort ; et peut-être (plus profondément encore, et alors même que nous serions en train de la construire de toutes pièces) c’est cela aussi dont nous sommes nous-mêmes issus, ce qui nous a abrité et nourri, en ces temps à jamais oubliés d’avant notre naissance… C’est aussi le Giron."
Alexander Grothendieck, 1986.

  Hondeghem, rue Aschenstraet

mardi 10 juillet 2012

nullipare


infécondité volontaire:
4% des femmes
6% des hommes
(étude en France, 2012
mais sur quelle population exactement??)






dimanche 8 juillet 2012

d'un manque à l'autre


 


la fille:
ce n'est pas ça
je le sais
tu le dis
mais c'est "tout comme"
alors je te demande d'accepter ce que je t'offre 
pour faire que ce soit ça:
sois à l'image de la mère
je joue le rôle de la fille
c'est ça


la mère:
rencontre du manque de l'autre:
rencontre de l'autre qui ravive le manque que j'ai d'elle
tout en recouvrant la béance qui me barre
rencontre de l'autre et de sa béance que je sers à recouvrir 
tout en la creusant
 parce que ce n'est pas ça 
  



mercredi 4 juillet 2012

le corps dans l'âme





du corps 
à l'âme?

vendre son âme au diable?

que celui qui "n'a rien devant" dispose de ce que, 
du corps,
la mort libère?

et si cela ne changeait rien?
 
du corps,
au corps? 




du pénis tuméfié d'un cadavre éventré,
où l'âme échoue à se localiser
au sexe bleu d'une jeune fille 
à qui la mort n'enlève rien








samedi 30 juin 2012

de Médée à Charlotte


souviens toi que je suis Médée… Medea nunc sum…

la mère et l’enfant
d’une femme infanticide qui reste impunie de ce crime
à une femme qui a doucement torturé son enfant, qui n’a pas tué son enfant mais s’en sent responsable, coupable

l’infanticide et l’être-femme
d’une femme dont l’infanticide est le point d’aboutissement d’une aliénation à l’Autre, d’une aliénation par l’Autre, dont l’infanticide vient comme une tentative d’échapper à cette aliénation, et d’y faire échapper ses enfants tout en y scellant le père, dont l’infanticide est une manière d’assumer radicalement son être-femme en le scindant de son être-mère-et-épouse
à une femme dont ‘l’infanticide’ (ce qui est vécu comme tel) est le point de décompensation de son aliénation à l’Autre, dont ‘l’infanticide’ clive son être en son être-femme d’une part et son être-mère et être-épouse d’autre part



 Medea, Lars von Trier



l’être-femme et la nature
d’une femme maitresse de la nature, sorcière qui en connait et en manipule les forces de  vie et de mort, une femme qui se sait être magicienne et en use, une femme dont la magie est une identité d’abord aliénée à l’Autre puis réappropriée
à une femme immergée dans une nature qui la déborde et l’envahit, l’habite et la manipule, une femme qui craint d’être sorcière et s’en castre, une femme pour qui la magie est une force aliénante qui a la puissance irrépressible d’une identité



Antichrist, Lars von Trier


l’être-femme et le savoir
d’une femme qui met le savoir du côté de la nature
à une femme qui met le savoir du côté de l’homme

l’être-femme et l’homme
d’une femme que son mari stratège tente de délaisser
à une femme qu’un mari impuissant tente de maitriser

l’être-femme et la loi
d’une femme qui défie et soumet les lois de la société humaine en rompant leur transmission ascendante et descendante
à une femme qui laisse agir sur elle la loi de son mari, une femme qui laisse son mari prendre l’ascendant sur elle, puis échoue à en échapper autrement que par la mort – de l’un ou de l’autre

l’être-femme et la folie
d’une femme mythique qui s’élève au dessus des lois, de la douleur, La femme non barrée
à une femme qui ne trouve pas les portes de cet Autre monde, d’une femme barrée par la loi phallique

femmes
d’une femme qui se fait épouse et mère par la mort… and back
à une épouse et mère qui se fait femme… et meurt

mort
de la mort comme processus de constitution identitaire
à la mort comme fin d’un processus de déconstruction identitaire




vendredi 29 juin 2012

Médée l'Autre


Extraits de :
Stengers Isabelle. Souviens toi que je suis Médée. Medea nunc sum.
Collection Empêcheurs de penser en rond. 1993.


Medea, Lars von Trier


L’effrayant défi d’une femme qui tue ses enfants et n’en meurt pas. […]
C’est bien une héroïne que crée Euripide, une femme capable d’hésiter, puis de se reprocher comme un crime son propre recul, « Honte à ma lâcheté », capable de vibrer de douleur jusqu’à la moindre de ses fibres mais de dire « Tu pleureras ensuite ! ». La Médée de Sénèque est bien plus proche de l’image quelconque d’une femme folle furieuse, mais elle a ce mot étrange, qui fait hésiter le sens, « Medea nunc sum ».
« Souviens-toi que je suis Médée », répond, à travers les siècles, la Médée de Charpentier au « Maintenant, je suis Médée » de Sénèque. […]
Avoir à « Etre Médée » est de l’ordre de l’évènement. […]
Médée, la femme, a dépouillé – écorchée terrifiante – les liens qui tissaient ses attaches humaines et est devenue celle qu’elle avait oubliée, trahie, pour devenir grecque et femelle […]
Médée serait morte de désespoir si elle n’était devenue Médée, si elle n’avait retrouvé, au moment de la plus grande humiliation que puisse connaître une femme, l’accès à ce qui en elle s’était nié pour faire exister la femme aimante et loyale. Qui aurait la bêtise de dire Médée jalouse ! Jalouse d’une princesses ignorante et vaine ? Jalouse d’un homme lâche et veule, menteur et vaniteux ? A aucun moment, Médée n’envie à Créuse son piètre trophée. C’est le sens de sa vie qui est en jeu, non la possession d’un Jason. […]
Jason a cru que son pouvoir de mâle avait transformé la magicienne en femme, que l’on peut tromper et abandonner. […]
Et soudain, le monde se vide, la mémoire devient l’ennemie, ricanante, obscène. Médée, la femme, sait qu’elle va en mourir si elle n’en appelle pas à l’Autre. […]
Face à la panique, il faut pouvoir, non pas médiocrement rendre coup pour coup, mais recréer un monde autre, sans commune mesure avec celui qui fait défaut. […]
Et la solution qu’elle invente, « Etre Médée », rompre les liens qui la condamnent et créer un monde où nul ne pourra avoir pitié d’elle ou songer à lui "pardonner", la crée en tant qu’énigme que tous, Jason le premier, auront à réfléchir. Au sens où elle n’est plus "des nôtres", pour négocier, analyser, interpréter, mais où l’Autre qu’elle est devenue nous constitue nous-mêmes, atterrés en pôles de réflexion, se renvoyant de siècle en siècle […]
C’est un autre monde qui insiste, un monde barbare peut-être […]
De quelle extériorité s’agit-il donc ? Que signifie Médée ? […]
Un monde "matriarcal" que les Grecs achéens ont détruit mais qu’ils craignent encore. […]
Mère et Mort à la fois […]
Signe du triomphe d’Aphrodite la grecque sur la Mère archaïque. Le Jason d’Euripide l’affirme : « Il te déplairait d’avouer que l’amour t’a contrainte, que tu n’as pu parer ses flèches, et que c’est là pourquoi tu m’as sauvé » […]. Médée, simple femme, esclave de l’amour ? Mais lorsque Médée devient Médée, l’ordre divin des Grecs s’écroule. Le soleil n’est plus Apollon, il a partie liée avec la mort, la lumineuse source de vie s’affirme soudain une  avec la noirceur infernale. Et les lois de la culpabilité, du remord et de la justice s’effondrent. […]
« Froide alliance de la sentimentalité et de la cruauté féminine, qui font réfléchir l’homme » (Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, Paris, Minuit, 1967). Faire réfléchir, au sens où il ne s’agit pas de se donner un objet de réflexion… mais où on subit une réflexion, où on résonne à une énigme, qui, froide, fait de vous son miroir. Souviens toi que je suis Médée.


Antichrist, Lars von Trier


mardi 19 juin 2012

place





Michaël Borremans




"Où puis-je poser la tête?
Où est l'épaule de ma mère?"

Perrine Le Querrec




n.b. j'ai volé ce 'post' à ce très beau 

lundi 11 juin 2012

l'empire des sens


"un corps cela se jouit. Cela ne se jouit que de le corporiser de façon signifiante. […] Comme le souligne admirablement cette sorte de kantien qu’était Sade, on ne peut jouir que d’une partie du corps de l’Autre, pour la simple raison qu’on n’a jamais vu un corps s’enrouler complètement jusqu’à l’inclure et le phagocyter, autour du corps de l’Autre. […] Jouir a cette propriété fondamentale que c’est en somme le corps de l’un qui jouit d’une part du corps de l’Autre. Mais cette part jouit aussi […] le jouir du corps comporte un génitif qui a cette note sadienne sur laquelle j’ai mis une touche, ou, au contraire, une note extatique, subjective, qui dit qu’en somme, c’est l’Autre qui jouit" 
(Lacan J. 1972. Encore, Le séminaire, Livre XX, p.33).

Jouissance phallique :
jouir du corps au sens objectif du génitif : jouir de l’objet corps de l’autre, de l’organe, du phallus.
Jouissance de l'Autre :
jouir du corps au sens subjectif du génitif : le corps comme sujet du jouir, le corps de l’Autre qui jouit.

L’empire des sens :
l’homme est en position de jouir-de l'Autre : c’est le corps de l’Autre, de La femme qu'il laisse jouir de lui.
La femme le réduit au contraire à son phallus. Jusqu’à le lui couper.


Si l'on suit les qualificatifs lacaniens, ce film dit d'érotisme féminin offre donc 
à l'homme une jouissance féminine, en ce qu'il jouit de l'Autre, jusqu'à la mort, 
et à la femme une jouissance masculine, en ce qu'elle jouit du phallus, voire du pénis.



dimanche 10 juin 2012

qui est cette femme dont je tombe?



« Jusqu’où [Médée] en vint à devenir ce que [Jason] la fit être, reste impénétrable, mais le seul acte où elle nous montre clairement s’en séparer est celui d’une femme, d’une vraie femme, dans son entièreté de femme » (Lacan J. 1958. Jeunesse de Gide. Dans : Ecrits, p.261)

Être une femme. Être ce que l’homme aimé désire. Puis ne plus l’être. Ne plus être une femme (pour lui). Seulement être une mère, avoir un enfant. L’homme aimé fait d’une autre une femme, l’objet de son désir.
User alors de son savoir, pour tuer celle pour qui l’homme qu’elle aime l’a destituée de son être-femme. Si je ne suis plus femme (pour lui), qu’elle ne le soit pas non plus. Si je perds l’objet de mon désir, qu’il perde le sien.
Puis tuer ce qui peut s’avoir, l’enfant, pour ainsi ne plus être-mère. Si ne plus être-femme pour l’homme me fait n’être que mère pour l’enfant, que n’être plus mère me fasse être La femme, au-delà d’être et d’avoir l’objet de l’homme. Et jouir. Toute pas-toute.
Exil de la terre paternelle, et fratricide: pour être femme, elle ne fût plus ni fille, ni sœur. Régicide: elle coupe l’homme aimé de l’objet de son désir et de toute descendance. Infanticide: pour être La femme, elle n’est pas mère.



 Carlotta Ikeda, danseuse Butô, incarne Médée sur un texte de Pascal Quignard