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mardi 19 février 2013

dimanche 30 décembre 2012

Racines et graines de soi





Le corps d’Akram Khan porte en lui, malgré lui, le pays de ses parents, non seulement en sa danse (il excelle au Kathak, danse traditionnelle indienne <+>) mais aussi en ses gestes et postures quotidiennes, ses saveurs et odeurs, son rythme, sa transpiration même qui semble prendre source et se mêler à l’eau du Gange, son imaginaire, sa filiation. Son père s’incarne en Akram Khan, à ses dépend.
Desh, homeland. Non pas son pays natal mais celui de son père. Ce qu’Akram Khan bâtit en cette terre est une bataille : exilé, révolté, mais bien plus fondamentalement divisé, double, autre que lui en lui. Ses racines ne sont autre que les racines de son père, et ce sont ces racines, l’autre en lui, qui bougent ses mains, cornent ses pieds, meuvent sa langue, à son corps défendant.

dimanche 4 novembre 2012

mise amour



« la besogne de la Mort sur l'Amour : un corps que l'amour avait transformé et qui, devenant cadavre, redevient un corps, un élément radicalement étranger. Haneke, qui s'est toujours revendiqué grand lecteur d'Adorno, a probablement lu la belle définition que ses Minima moralia donnent de l'amour, comme de « l'aptitude à déceler le semblable dans le dissemblable ». Sur le lit où Riva se raidit, Haneke filme exactement l'inverse : le retour brutal du dissemblable. » (+)

… mais justement, l’Amour est… n’est-il pas l’accueil du corps étranger, de l’Autre, du dissemblable, de celui que je ne re-connais pas, de celui que jamais je ne serai, que jamais je ne saurai ; la besogne de l’Amour sur la Mort est, n’est-elle pas d’opérer une alchimie sur le corps de l’Autre, qui me permet alors de le toucher dans sa dis-semblance, de le déshabiller ? Si Haneke filme la brutalité du dissemblable, mais si les visages ne se voilent pas, les yeux ne cillent pas, c’est qu’en effet un « intrus est entré dans la maison » (+), mais que dans cette maison de l’Amour, il séjournait déjà. L’attaque cérébrale n’inaugure pas tant la rupture d’un amour familier, d’un amour du semblable, que la radicalisation, peut-être, de cet Amour qui serait accueil de la dissemblance, jusqu’au seuil de l’insupportable aliénation. Ce qui fait passer ce seuil, c’est Anne vivante mais refusant obstinément de vivre encore ; ce n’est pas la Mort. 


jeudi 1 novembre 2012

Ec(r)oulement





Auguste Rodin
1889-90
Danaïde
Copenhague, 09.10.2010



 « Cette Danaïde qui, hors de ses genoux, s’est jetée dans sa chevelure liquide. On éprouve une impression merveilleuse à faire seulement le tour de ce marbre : le long, le très long chemin autour de la courbe de ce dos, richement déployée, vers le visage qui se perd dans la pierre comme dans un grand sanglot, vers la main qui, pareille à une dernière fleur, parle encore une fois doucement de la vie, au cœur de la glace éternelle du bloc » 
Rainer Maria Rilke

jeudi 4 octobre 2012

chi.mère

L’autre en soi
« Le microchimérisme se définit par la présence en faible quantité dans un organisme, sur le long terme, de cellules ou d’ADN provenant d’un autre individu sans qu’il n’y ait apparemment de réaction de greffon contre l’hôte (GvDH) ou de rejet de greffe. Il survient à l’occasion d’une transfusion sanguine, d’une transplantation d’organe et durant la grossesse. Le transit transplacentaire de cellules est un phénomène constant, bidirectionnel, commençant vers la quatrième semaine de grossesse. Le transfert cellulaire se faisant dans les deux directions, deux types de microchimérisme sont rencontrés :
- le microchimérisme fœtal (MCF) (transfert fœto-maternel) ;
- le microchimérisme maternel (transfert materno-fœtal).
La situation se brouille dans la mesure où, au cours de la grossesse, le fœtus peut acquérir des cellules maternelles d’origine fœtale provenant d’une grossesse antérieure ou d’un avortement antérieur. C’est ainsi que des hépatocytes masculins ont été identifiés dans le foie de fillettes n’ayant jamais reçu de produit sanguin. […]
Des cellules de fœtus mâle ont été identifiées chez des femmes jamais transfusées jusqu’à 27 ans après la naissance d’un garçon »
C. Boyon, P. Collinet, L. Boulanger, D. Vinatier (2011) Microchimérisme fœtal : un bien ou un mal pour le fœtus et sa mère ? Gynécologie Obstétrique & Fertilité, Volume 39, Issue 4, Pages 224-231.



Mieux se souvenir de soi par l’autre en soi ??....
Par le passé, certaines études tendaient à mettre en avant un lien entre nombre de grossesses et risque de développer la maladie d'Alzheimer. Une récente étude dirigée par J. Lee Nelson du Centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson et parue dans la revue PLoS One suggère que des cellules fœtales, par le truchement du microchimérisme, iraient se placer dans le cerveau de la femme enceinte et pourraient protéger celle-ci de l'apparition de la maladie d'Alzheimer.
Abstract: “In humans, naturally acquired microchimerism has been observed in many tissues and organs. Fetal microchimerism, however, has not been investigated in the human brain. Microchimerism of fetal as well as maternal origin has recently been reported in the mouse brain. In this study, we quantified male DNA in the human female brain as a marker for microchimerism of fetal origin (i.e. acquisition of male DNA by a woman while bearing a male fetus). Targeting the Y-chromosome-specific DYS14 gene, we performed real-time quantitative PCR in autopsied brain from women without clinical or pathologic evidence of neurologic disease (n = 26), or women who had Alzheimer’s disease (n = 33). We report that 63% of the females (37 of 59) tested harbored male microchimerism in the brain. Male microchimerism was present in multiple brain regions. Results also suggested lower prevalence (p = 0.03) and concentration (p = 0.06) of male microchimerism in the brains of women with Alzheimer’s disease than the brains of women without neurologic disease. In conclusion, male microchimerism is frequent and widely distributed in the human female brain”.
Chan WFN, Gurnot C, Montine TJ, Sonnen JA, Guthrie KA, et al. (2012) Male Microchimerism in the Human Female Brain. PLoS ONE 7(9): e45592.