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lundi 4 mars 2013

mardi 19 février 2013

lundi 15 octobre 2012

(g)host



« Comme hôte ou comme otage, comme autre, comme altérité pure, la subjectivité ainsi analysée doit être dépouillée de tout prédicat ontologique, un peu comme ce moi pur dont Pascal disait qu'il est dévêtu de toutes les qualités qu'on pouvait lui attribuer, de toutes les propriétés que par conséquent, en tant que moi pur, et proprement pur, il transcende ou excède. Pas plus que le moi, l'autre ne se réduit à ses prédicats effectifs, à ce qu'on peut en définir ou en thématiser. Il est nu, dénudé de toute propriété, et cette nudité est aussi sa vulnérabilité infiniment exposée: sa peau. Cette absence de propriété déterminable, de prédicat concret, de visibilité empirique, voilà ce qui donne sans doute au visage de l'autre une aura spectrale, surtout si cette subjectivité de l'hôte se laisse annoncer aussi comme la visitation d'un visage. Host ou guest, Gastgeber ou Gast, l'hôte ne serait pas seulement un otage. Il aurait au moins, selon une profonde nécessité, la figure de l'esprit ou du fantôme (Geist, ghost). Un jour, quelqu'un s'inquiéta devant Lévinas du « caractère fantomatique » de sa philosophie, en particulier quand elle traite du « visage de l'autre ». Lévinas ne protesta pas directement. Mais tout en recourant à l'argument que je viens d'appeler « pascalien » (« il faut que l'autre soit accueilli indépendamment de ses qualités »), il précise bien « accueilli », et surtout de façon « immédiate », urgente, sans attendre, comme si les qualités, attributs, propriétés « réelles » (tout ce qui fait qu'un vivant n'est pas un fantôme) ralentissaient, médiatisaient ou compromettaient la pureté de cet accueil. Il faut accueillir l'autre dans son altérité, sans attendre, et donc ne pas s'arrêter à reconnaître ses prédicats réels. Il faut donc, au-delà d'une perception, recevoir l'autre en courant le risque toujours inquiétant, étrangement inquiétant, inquiétant comme l'étranger (unheimlich), de l'hospitalité offerte à l'hôte comme ghost ou Geist ou Gast. Pas d'hospitalité sans cet enjeu de spectralité. Mais la spectralité n'est pas rien, elle excède, et donc déconstruit toutes les oppositions ontologiques, l'être et le néant, la vie et la mort - et elle donne. Elle peut donner et ordonner et pardonner, elle peut aussi ne pas le faire… »
Jacques Derrida, Adieu. A Emmanuel Levinas. Paris, Galilée. 1997, pp. 191-2-3.




“As host or hostage, as other, as pure alterity, a subjectivity analyzed in this way must be stripped of every ontological predicate, a bit like the pure I that Pascal said is stripped of every quality that could be attributed to it, of every property that, as pure I, as properly pure, it would have to transcend or exceed. And the other is not reducible to its actual predicates, to what one might define or thematize about it, anymore than the I is. It is naked, bared of every property, and this nudity is also its infinitely exposed vulnerability: its skin. This absence of determinable properties, of concrete predicates, of empirical visibility, is no doubt what gives to the face of the other a spectral aura, especially if the subjectivity of the hate also lets itself be announced as the visitation of a face, of a visage. Host or guest [in English], Gastgeber or Gast, the hôte would be not only a hostage. It would have, according to a profound necessity, at least the face or figure of a spirit or phantom (Geist, ghost) . When someone once expressed concern to Levinas about the "phantomatic character" of his philosophy, especially when it treats the "face of the other," Levinas did not directly object. Resorting to what I have just called the "Pascalian" argument (" it is necessary that the other be welcomed independently of his qualities") , he clearly specified "welcomed," especially in an "immediate," urgent way, without waiting, as if "real" qualities, attributes, or properties (everything that makes a living person into something other than a phantom) slowed down, mediatized, or compromised the purity of this welcome. It is necessary to welcome the other in his alterity, without waiting, and thus not to pause to recognize his real predicates. It is thus necessary, beyond all perception, to receive the other while running the risk, a risk that is always troubling, strangely troubling, like the stranger (unheimlich), of a hospitality offered to the guest as ghost or Geist or Gast. There would be no hospitality without the chance of spectrality. But spectrality is not nothing, it exceeds, and thus deconstructs, all ontological oppositions, being and nothingness, life and death-and it also gives. It can give [donner], give order(s) [ordonner] and give pardon [pardonner], and it can also not do so…” (pp.110-1-2).



jeudi 4 octobre 2012

chi.mère

L’autre en soi
« Le microchimérisme se définit par la présence en faible quantité dans un organisme, sur le long terme, de cellules ou d’ADN provenant d’un autre individu sans qu’il n’y ait apparemment de réaction de greffon contre l’hôte (GvDH) ou de rejet de greffe. Il survient à l’occasion d’une transfusion sanguine, d’une transplantation d’organe et durant la grossesse. Le transit transplacentaire de cellules est un phénomène constant, bidirectionnel, commençant vers la quatrième semaine de grossesse. Le transfert cellulaire se faisant dans les deux directions, deux types de microchimérisme sont rencontrés :
- le microchimérisme fœtal (MCF) (transfert fœto-maternel) ;
- le microchimérisme maternel (transfert materno-fœtal).
La situation se brouille dans la mesure où, au cours de la grossesse, le fœtus peut acquérir des cellules maternelles d’origine fœtale provenant d’une grossesse antérieure ou d’un avortement antérieur. C’est ainsi que des hépatocytes masculins ont été identifiés dans le foie de fillettes n’ayant jamais reçu de produit sanguin. […]
Des cellules de fœtus mâle ont été identifiées chez des femmes jamais transfusées jusqu’à 27 ans après la naissance d’un garçon »
C. Boyon, P. Collinet, L. Boulanger, D. Vinatier (2011) Microchimérisme fœtal : un bien ou un mal pour le fœtus et sa mère ? Gynécologie Obstétrique & Fertilité, Volume 39, Issue 4, Pages 224-231.



Mieux se souvenir de soi par l’autre en soi ??....
Par le passé, certaines études tendaient à mettre en avant un lien entre nombre de grossesses et risque de développer la maladie d'Alzheimer. Une récente étude dirigée par J. Lee Nelson du Centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson et parue dans la revue PLoS One suggère que des cellules fœtales, par le truchement du microchimérisme, iraient se placer dans le cerveau de la femme enceinte et pourraient protéger celle-ci de l'apparition de la maladie d'Alzheimer.
Abstract: “In humans, naturally acquired microchimerism has been observed in many tissues and organs. Fetal microchimerism, however, has not been investigated in the human brain. Microchimerism of fetal as well as maternal origin has recently been reported in the mouse brain. In this study, we quantified male DNA in the human female brain as a marker for microchimerism of fetal origin (i.e. acquisition of male DNA by a woman while bearing a male fetus). Targeting the Y-chromosome-specific DYS14 gene, we performed real-time quantitative PCR in autopsied brain from women without clinical or pathologic evidence of neurologic disease (n = 26), or women who had Alzheimer’s disease (n = 33). We report that 63% of the females (37 of 59) tested harbored male microchimerism in the brain. Male microchimerism was present in multiple brain regions. Results also suggested lower prevalence (p = 0.03) and concentration (p = 0.06) of male microchimerism in the brains of women with Alzheimer’s disease than the brains of women without neurologic disease. In conclusion, male microchimerism is frequent and widely distributed in the human female brain”.
Chan WFN, Gurnot C, Montine TJ, Sonnen JA, Guthrie KA, et al. (2012) Male Microchimerism in the Human Female Brain. PLoS ONE 7(9): e45592.