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mardi 24 juillet 2012

je suis celui



Les mains négatives
Marguerite Duras
1978


(with english subtitles)




…
Devant l’océan
Sous la falaise
Sur la paroi de granite
Ses mains
Ouvertes
Bleues
Et noires
Du bleu de l’eau
Du noir
De la nuit

L’homme est venu seul
Dans la grotte
Face
A l’océan
Toutes les mains ont la même taille
Il était seul


L’homme seul dans la grotte
A regardé dans le bruit
Dans le bruit de la mer
L’immensité des choses
Et il a crié


Toi qui es nommé
Qui est doué d’identité
Je t’aime


Ses mains
Du bleu de l’eau
Du noir
Du ciel
Plates
Posées
Écartelées
Sur le granite
Gris
Pour que quelqu’un les ait vues


Je suis quelqu’un qui appelle
Je suis celui qui appelait
Qui criait
Il y a trente mille ans


Je t’aime

Je crie que je veux t’aimer
Je t’aime
J’aime quiconque entendra que je crie


Sur la terre vide
Resteront ces mains
Sur la paroi de granite
Face
Au fracas
De l’océan
Insoutenable
Personne n’entendra plus
Ne verra

Trente mille ans
Ces mains là
Noires

La réfraction de la lumière sur la mer
Fait frémir la paroi de pierre


Je suis quelqu’un
Je suis celui

Qui appelait
Qui criait
Dans cette lumière blanche
Le désir

Le mot n’est pas encore inventé


Il a regardé l’immensité des choses
Dans le fracas
Des vagues
L’immensité de sa force
Et puis il a crié

Au dessus de lui
Les forêts d’Europe
Sans fin
Il se tient au centre de la pierre
Des couloirs, des voix de pierre de toute part
Toi
Qui a un nom
Toi qui es doué d’identité
Je t’aime d’un amour indéfini

Il fallait descendre la falaise
Vaincre la peur
Le vent souffle du continent
Il repousse l’océan
Les vagues luttent contre le vent
Elles avancent
Ralenties par sa force
Et patiemment parviennent à la paroi

Tout s’écrase

Je t’aime plus loin que toi

J’aimerai quiconque entendra que je crie que je t’aime

Trente mille ans

J’appelle
J’appelle celle qui me répondra
Je veux t’aimer
Je t’aime
Depuis trente mille ans
Je crie
Devant la mère
Le spectre blanc

Je suis celui qui criait
Qu’il t’aimait
Toi


samedi 19 mai 2012

te vas, vestida de mar






Alfonsina y el mar





Por la blanda arena que lame el mar
Su pequeña huella no vuelve más
Y un sendero solo de pena y silencio llegó
Hasta el agua profunda
Y un sendero solo de penas mudas llegó
Hasta la espuma

Sabe Dios que angustia te acompañó
Qué dolores viejos calló tu voz
Para recostarte arrullada en el canto
De las caracolas marinas
La canción que canta en el fondo oscuro
del mar
La caracola

Te vas Alfonsina con tu soledad
¿qué poemas nuevos fuiste a buscar ?
Y una voz antigua de viento y de sal
Te requiebra el alma
Y la está llamando
Y te vas, hacia allá como en sueños,
Dormida Alfonsina, vestida de mar.

Cinco sirenitas te llevarán
Por caminos de algas y de coral
Y fosforescentes caballos marinos
harán una ronda a tu lado.
Y los habitantes del agua van a jugar pronto
a tu lado.

Bájame la lámpara un poco más
Déjame que duerma, nodriza en paz
Y si llama él no le digas que estoy,
Dile que Alfonsina no vuelve.
Y si llama él no le digas nunca que estoy,
Di que me he ido.


Sur le sable blanc que lèche la mer
Sa petite emprunte ne revient pas
Et un sentier seul de peine et de silence atteint l'eau profonde
Et un sentier de peines tues va
Jusqu'à l'écume

Dieu sait quelle angoisse t'a accompagné
Quelles douleurs anciennes tu as tues
Pour t'allonger bercée par le chant
Des conques marines
La chanson que chante dans le fond obscur
de la mer
La conque

Tu t'en vas Alfonsina avec ta solitude
Quels poèmes nouveaux as tu été chercher ?
Et une voix antique de vent et de sel
Te réclame l'âme
Et l'appelle
Et tu t'en vas vers l'au-delà comme en rêves
Alfonsina endormie, vêtue de mer

Cinq petites sirènes t'emporteront
Dans des chemins d'algues et de corail
Et des hippocampes marins et phosphorescents
Feront une ronde à tes côtés.
Et les habitants de la mer vont jouer bientôt
à tes côtés

Baisse un peu l'intensité
Laisse moi dormir nourrice en paix
Et s'il appelle ne lui dis pas que je suis là
Dis lui que Alfonsina ne revient pas
Et s'il appelle ne lui dis jamais que je suis là
Dis lui que je suis partie.




lundi 14 mai 2012

Ecouter les langues


voilà le secret de ta solitude : 
... de la hauteur des mots se laisser choir dans la mélodie une et commune.


Rainer Maria Rilke
Notes sur la mélodie des choses. 



Notizen zur Melodie der Dinge
das ist das Geheimnis deiner Einsamkeit:
... aus den hohen Wroten sich fallen lassen in die eine gemeinsame Melodie. 


Notes on the Melody of Things
that is the secret of your solitude:
... to let yourself take leave of the lofty words to join in with the one shared melody. 


Notas sobre la melodía de las cosas
este es el secreto de tu soledad:
... dejarse caer, desde la altura de las palabras, en la una y común melodía. 






mardi 8 mai 2012

Seul


Alone 
Edgar Allan Poe

From childhood's hour I have not been
As others were; I have not seen
As others saw; I could not bring
My passions from a common spring.
From the same source I have not taken
My sorrow; I could not awaken
My heart to joy at the same tone;
And all I loved, I loved alone.
Then- in my childhood, in the dawn
Of a most stormy life- was drawn
From every depth of good and ill
The mystery which binds me still:
From the torrent, or the fountain,
From the red cliff of the mountain,
From the sun that round me rolled
In its autumn tint of gold,
From the lightning in the sky
As it passed me flying by,
From the thunder and the storm,
And the cloud that took the form
(When the rest of Heaven was blue)
Of a demon in my view.