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dimanche 3 mars 2013
jeudi 4 octobre 2012
chi.mère
L’autre en soi
« Le
microchimérisme se définit par la présence en faible quantité dans un
organisme, sur le long terme, de cellules ou d’ADN provenant d’un autre
individu sans qu’il n’y ait apparemment de réaction de greffon contre l’hôte
(GvDH) ou de rejet de greffe. Il survient à l’occasion d’une transfusion
sanguine, d’une transplantation d’organe et durant la grossesse. Le transit
transplacentaire de cellules est un phénomène constant, bidirectionnel, commençant
vers la quatrième semaine de grossesse. Le transfert cellulaire se faisant dans
les deux directions, deux types de microchimérisme sont rencontrés :
- le microchimérisme fœtal (MCF)
(transfert fœto-maternel) ;
- le microchimérisme maternel (transfert
materno-fœtal).
La situation
se brouille dans la mesure où, au cours de la grossesse, le fœtus peut acquérir
des cellules maternelles d’origine fœtale provenant d’une grossesse antérieure
ou d’un avortement antérieur. C’est ainsi que des hépatocytes masculins ont été
identifiés dans le foie de fillettes n’ayant jamais reçu de produit sanguin. […]
Des cellules
de fœtus mâle ont été identifiées chez des femmes jamais transfusées jusqu’à 27
ans après la naissance d’un garçon »
C. Boyon, P. Collinet, L. Boulanger, D. Vinatier (2011) Microchimérisme fœtal : un bien ou un mal pour le fœtus et sa mère ? Gynécologie Obstétrique &
Fertilité, Volume 39, Issue 4, Pages 224-231.
Mieux se souvenir de soi par l’autre en soi ??....
Par le passé, certaines études
tendaient à mettre en avant un lien entre nombre de grossesses et risque de
développer la maladie d'Alzheimer. Une récente étude dirigée par J. Lee Nelson
du Centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson et parue dans la revue PLoS One suggère que des cellules
fœtales, par le truchement du microchimérisme, iraient se placer dans le
cerveau de la femme enceinte et pourraient protéger celle-ci de l'apparition de
la maladie d'Alzheimer.
Abstract: “In humans, naturally acquired microchimerism has been
observed in many tissues and organs. Fetal microchimerism, however, has not
been investigated in the human brain. Microchimerism of fetal as well as
maternal origin has recently been reported in the mouse brain. In this study,
we quantified male DNA in the human female brain as a marker for microchimerism
of fetal origin (i.e. acquisition of male DNA by a woman while bearing a male
fetus). Targeting the Y-chromosome-specific DYS14
gene, we performed real-time quantitative PCR in autopsied brain from women
without clinical or pathologic evidence of neurologic disease (n = 26), or
women who had Alzheimer’s disease (n = 33). We report that 63% of the females
(37 of 59) tested harbored male microchimerism in the brain. Male
microchimerism was present in multiple brain regions. Results also suggested
lower prevalence (p = 0.03) and concentration (p = 0.06) of male microchimerism
in the brains of women with Alzheimer’s disease than the brains of women
without neurologic disease. In conclusion, male microchimerism is frequent and
widely distributed in the human female brain”.
Chan WFN, Gurnot C, Montine TJ,
Sonnen JA, Guthrie KA, et al. (2012) Male Microchimerism in the Human Female Brain. PLoS ONE
7(9): e45592.
mercredi 5 septembre 2012
de plus anciennes frayeurs
Rainer Maria Rilke
Elégies de Duino
Troisième élégie
Lecture et associations libres de Stanislas Roquette
<lien>
« C’est une chose de chanter la bien-aimée. Une autre
de chanter, hélas, ce grand Dieu coupable et secret, le fleuve-sang. Celui qu’elle
reconnait de loin, le jeune homme qu’elle aime, que sait-il, lui-même, du
seigneur du désir qui souvent au fond de lui, dans la solitude, avant que la
jeune fille ne l’apaisa, et souvent comme si elle n’existait pas, élevait, ha,
ruisselant de quelles profondeurs inconnaissables, sa tête de Dieu, appelant la
nuit à une insurrection infinie ?
[…]
« Ce n’est pas toi, hélas, ni sa mère, qui avez tendu
ainsi l’arc de ses sourcils pour l’attente, ce n’est pas pour toi qui frémis à
son approche, jeune fille, pas pour toi que sa lèvre se recourba en une expression
plus féconde. Penses-tu vraiment que ton apparition légère l’aurait à ce point
bouleversé, toi qui vas du même pas que le vent printanier ?
Sans doute tu lui mis l’effroi au cœur mais de plus
anciennes frayeurs se précipitèrent en lui au choc de cet émoi.
Appelle-le, tu ne l’arracheras pas tout entier à ce commerce
obscur.
Oui, sans doute, il le veut.
Il se dégage, allégé, s’habitue, se sent chez lui dans le secret de ton cœur. Et
il se ressaisit et se commence.
Mais eut-il jamais un commencement ?
Mère, c’est toi
qui le fis. Tout petit, tu fus celle qui le façonna. Il était neuf pour toi. Tu
abaissais vers ses yeux neufs ce que le monde avait d’amical, tu écartais ce qu’il
avait d’étranger.
[…]
« Et lui-même, couché, avec quel soulagement il laissait
fondre sous ses paupières alourdies par le sommeil, l’exquise douceur de tes
créations légères et la mêlait à la saveur de l’avant-sommeil. Il semblait qu’il fut protégé. Mais au-dedans, qui repoussait, qui entravait
au plus profond de lui les flots montant de l’origine ?
[…]
« Lui, le nouveau, l’enfant plein de crainte, comme il
était empêtré et déjà contraint d’obéir, sous l’entrelacs toujours plus
inextricable des lianes de son devenir intérieur, à des modèles, à leur croissance
étouffante, à des formes fuyantes d’animaux, comme il s’abandonna, aima.
Aima ce qu’il portait au fond de lui, cette terre sauvage au
fond de lui, cette forêt première en lui, sur l’écroulement muet de laquelle
régnait le vert lumineux de son cœur. Aima. Puis laissa tout cela, suivit ses
propres racines jusque dans les profondeurs de l’origine immense où son infime
naissance n’était déjà plus qu’un souvenir.
[…]
« Vois-tu, notre amour n’est pas comme les fleurs, le
produit d’une seule année. Quand nous aimons, c’est une sève immémoriale qui
nous monte dans les bras. Ô, jeune fille, cela,
que nous ayons aimé en nous non un être à venir mais bien cet innombrable qui
fermente, non pas un enfant isolé mais bien les pères qui, comme les gravats d’une
montagne ruinée repose au fond de nous, mais bien le lit du fleuve à sec des mères
de jadis, mais bien toute l’étendue sans bruit de cette contrée que surplombe
le ciel limpide ou menaçant de la fatalité, oui, cela, jeune fille, c’est cela qui vint avant toi. […]
« Ô sans bruit, sans bruit, devant lui, accomplit l’un
de tes chers travaux quotidiens, rassurants, emmène-le sur le seuil du jardin,
fait lui don de l’excès, du poids trop lourd des nuits.
Retiens-le. »
Libellés :
Amour,
Elégies de Duino,
Mère,
Mort,
Rilke Rainer Maria,
Roquette Stanislas
mardi 4 septembre 2012
das Heimliche
« Notre maisonnette était une pièce d’environ quatre
mètres carrés qui devait servir à la fois de salle à manger, chambre à coucher,
atelier et vestibule. Après quelques marches et sur le palier, trois portes
donnaient accès à une douche, un toilette et une cuisine, aux dimensions si
réduites que l’on avait juste de quoi se tourner. Je souhaitais qu’elle soit
petite – car plus elle était petite plus elle était intra-utérine »
« Nous avions
apporté les accessoires en verre et en nickel de notre appartement de Paris et
nous avons peint les murs de différentes couches de peinture. N’étant pas en
situation de pouvoir mener à terme mes idées décoratives délirantes, je ne
souhaitais que les proportions nécessaires pour nous deux et seulement pour
nous deux »
« Ce fût là où j’appris à m’appauvrir, à limiter et à
limer ma pensée pour qu’elle devienne aussi efficace qu’une hache, et où le
sang avait le goût du sang et le miel le goût du miel. C’était une vie dure,
sans métaphore ni vin, une vie à la lumière de l’éternité. Les élucubrations de
Paris, les lumières de la ville et les bijoux de la Rue de la Paix ne pouvaient
pas résister à cette autre lumière totale, centenaire, pauvre, sereine et
intrépide comme le front concis de Minerve »
« Notre maison a grandi exactement comme une véritable
structure biologique, par bourgeons cellulaires. A chaque nouvel élan de notre
vie correspondait une nouvelle cellule, une pièce ».
Salvador Dalí,
La vie secrète de Salvador Dalí.
Portlligat.
dimanche 29 juillet 2012
jeudi 19 juillet 2012
le texte qui sort de son ventre
"...ce qui retient les corps invisiblement?
S’il m’était permis d’en donner une image, je la prendrais aisément de ce
qui, dans la nature, paraît le plus se rapprocher de cette réduction aux
dimensions de la surface qu’exige l’écrit, et dont déjà
s’émerveillait Spinoza – ce travail de texte qui sort du ventre de l’araignée,
sa toile. Fonction vraiment miraculeuse, à voir, de la surface même surgissant
d’un point opaque de cet étrange être, se dessiner la trace de ces écrits, où
saisir les limites, les points d’impasse, de sans-issue, qui montrent le réel
accédant au symbolique."
Jacques Lacan, Le séminaire, Livre XX, Encore (1972-1973) ,
« Le savoir et la vérité » (10 avril 1973), Paris, Seuil, 1975, p. 85.
"L'expression « ce qui retient les corps» me paraît elle-même riche de résonances:
- dans la retenue, il y a le fait de se retenir, l'inhibition, qui fait que notre corps ne fait pas n'importe quoi mais nous obéit; la retenue donc qui empêche les corps de s'agglomérer en masse les uns aux autres, mais qui leur fait maintenir entre eux une distance qui leur permet de se mouvoir les uns par rapport aux autres. Évidemment, la façon la plus raffinée de se mouvoir les uns par rapport aux autres, c'est la danse, ce pourquoi Lacan a dit que cet art fleurissait quand les discours tenaient en place ;
- dans la retenue il y a aussi le fait de retenir un objet, ou quelqu'un, le fait donc que les corps ne s'éloignent pas trop les uns des autres, voire quelquefois se retiennent l'un l'autre au point de s'étreindre, sinon de s'étriper - les corps se font l'amour, et la guerre. Je ne sais trop si la guerre est un art qui fleurit quand les discours ne tiennent pas en place, mais pour l'étreinte copulatoire, il n'est pas douteux qu'elle s'origine d'un fait de discours.
Les discours sont des façons de retenir les corps."
- dans la retenue, il y a le fait de se retenir, l'inhibition, qui fait que notre corps ne fait pas n'importe quoi mais nous obéit; la retenue donc qui empêche les corps de s'agglomérer en masse les uns aux autres, mais qui leur fait maintenir entre eux une distance qui leur permet de se mouvoir les uns par rapport aux autres. Évidemment, la façon la plus raffinée de se mouvoir les uns par rapport aux autres, c'est la danse, ce pourquoi Lacan a dit que cet art fleurissait quand les discours tenaient en place ;
- dans la retenue il y a aussi le fait de retenir un objet, ou quelqu'un, le fait donc que les corps ne s'éloignent pas trop les uns des autres, voire quelquefois se retiennent l'un l'autre au point de s'étreindre, sinon de s'étriper - les corps se font l'amour, et la guerre. Je ne sais trop si la guerre est un art qui fleurit quand les discours ne tiennent pas en place, mais pour l'étreinte copulatoire, il n'est pas douteux qu'elle s'origine d'un fait de discours.
Les discours sont des façons de retenir les corps."
Marc Strauss, 2011, Le miracle de l'araignée, Dans: Le champ Lacanien, n°9: Le mystère du corps parlant.
mercredi 18 juillet 2012
l'enfant et la mère
"Dans cette mâle pulsion du “bâtisseur”, qui semble sans cesse me pousser vers de nouveaux chantiers, je discerne bien pourtant, en même temps, celle du casanier : de celui profondément attaché à “la” maison. Avant toute autre chose, c’est “sa” maison, celle des “proches” — le lieu d’une intime entité vivante dont il se sent faire partie. Ensuite seulement, et à mesure que s’élargit le cercle de ce qui est ressenti comme “proche”, est-elle aussi une “maison pour tous”. Et dans cette pulsion de “faire des maisons” (comme on “ferait” l’amour. . .) il y a aussi et avant tout une tendresse. Il y a la pulsion du contact avec ces matériaux qu’un façonne un à un, avec un soin amoureux, et qu’un ne connaît vraiment que par ce contact aimant. Et, une fois montés les murs et posés les poutres et le toit, il y a la satisfaction profonde à installer une pièce après l’autre, et à voir peu à peu s’instaurer, parmi ces salles, ces chambres et ces réduits l’ordre harmonieux de la maison vivante — belle, accueillante, bonne pour y vivre. Car la maison, avant tout et secrètement en chacun de nous, c’est aussi la mère — ce qui nous entoure et nous abrite, à la fois refuge et réconfort ; et peut-être (plus profondément encore, et alors même que nous serions en train de la construire de toutes pièces) c’est cela aussi dont nous sommes nous-mêmes issus, ce qui nous a abrité et nourri, en ces temps à jamais oubliés d’avant notre naissance… C’est aussi le Giron."
Alexander Grothendieck, 1986.
Hondeghem, rue Aschenstraet
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