samedi 2 mars 2013

lost in lost in translation



the more you know who you are, and what you want, the less you let things upset you (VO)

plus on sait ce qu'on veut, et ce qu'on est, moins on se laisse atteindre par les choses (french sub)



fall or jump?

mercredi 27 février 2013

go away






She was

When she was home
she was a swan
when she was out she was a tiger
and a tiger in the wild is not tied to anyone

when she was lost
she was a toad
the day I found her on the road
I gave her water and a rose
and as she stretched
the sun rose

go
go
go
go away...

when she was young
she was a cow
and all day long
she milked the stars
she taught me
women to survive
must be unfaithful to their child
of all the wonders of the world
she was a lady with a bird
she must have had so many lives
was it the first?
was it the last?

go
go
go
go away

when she was ill
she was a whale
she was so patient she would wait
until I sang her by the lane
the sweetest tunes to ease her pain

when she was old
she was an owl
I saw her swaying in the sky
and when she died inside my arms
I realised she was a cat

go
go
go
go away..

sometimes I wonder
if my child
will have her eyes
to see through me
and when I die
and I am born again
what will I be?
a stone?
a cat?
a tree?

go
go
go
go away...


mardi 19 février 2013

lundi 18 février 2013

hypnose?


五代目 坂東 玉三郎 Godaime Bandō Tamasaburō. Born in 1950.

"The frontier is not clear. I am a man, I have never been a woman. The same concept of onnagata is based on a man's imagining of a woman. It goes a lot further than a simple physical transformation".

"The real Tamasaburo is in front of you. On stage I am a dream, maybe just a creation. It's on stage that I am happiest".





Brigitte Salino, Le Monde, 07.02.2013
"Prestation ? Le mot convient mal, tant l'art de Tamasaburo Bando échappe au vocabulaire usuel. Mieux vaut citer Katsushika Hokusai (1760-1849), le peintre qui a signé les fameuses estampes des "36 vues du mont Fuji" : "Quand j'atteindrai 110 ans, je poserai un point - un seul - sur une toile blanche, et ce point sera vivant." Ce "point vivant", on le voit quand on voit Tamasaburo Bando. Il s'inscrit dans la blancheur d'une nuque longue et étirée comme le cou d'un cygne, il se love dans le mouvement d'un bras qui se fond dans la soie sublime, il se reproduit dans l'infini d'une ligne pure dessinée dans l'espace par une ombrelle, il claque dans le son d'un saut infime, il s'incarne dans une paupière qui se baisse, et il atteint la beauté pure dans l'ondoiement des mains de l'artiste élevé au rang de "trésor national vivant".




Tamasaburo Bando a 62 ans, et toute sa vie dans l'art, depuis l'enfance, repose sur une "union illégitime du rêve et de la réalité", pour reprendre l'expression de Yukio Mishima, qui l'admirait et a écrit une pièce pour lui. De cette union est née l'onnagata, soit l'homme représentant la femme, dans la tradition japonaise qui remonte au XVIIIe siècle. Mais cet homme n'est pas simplement travesti. Il épouse la sensibilité féminine, dont il représente un idéal qui repose sur l'absolu de l'ambiguïté. C'est là que Tamasaburo Bando atteint au génie. Chez lui, l'ambiguïté est si troublante qu'elle suscite une émotion à nulle autre pareille : celle d'une sorte d'éternité du regard que l'on ignorait en soi. Et cette éternité du regard fait que, à chaque instant, on a l'impression de se tenir devant un paysage". <+>





dimanche 3 février 2013

il n’y a pas de règles formelles, sais-tu ?




殯の森
Mogari no mori 
La Forêt de Mogari


A propos de Mogari. C’est la période consacrée au deuil, à regretter le mort vénéré.
Ou encore le lieu du deuil. L’étymologie de ce mot serait « Mo Agari », la fin du deuil.



« C'est quand nous trouvons du réconfort dans des choses immatérielles telles que les sentiments humains, la lumière et le vent, ou l'ombre de quelqu'un qui vient de mourir, que nous pouvons alors assumer notre solitude »
Naomie Kawase

samedi 2 février 2013

dire un corps



« Le vide. Face aux yeux écarquillés. S’écarquillant où faire se peut. Toutes parts. En haut en bas. Ce champ étroit. Savoir pas plus. Voir pas plus. Dire pas plus. Ça seul. Ce petit peu de vide seul. […] Les yeux. Temps d’essayer d’empirer. Tant mal que pis essayer d’empirer. Plus clos. […] Deux trous noirs. Noir obscur. Entrée à travers crâne jusqu’à la substance molle. Exit hors substance molle à travers crâne. Béants du visage invisible. Ça la faille ? Ça le défaut de faille ? Essayer mieux plus mal enchâssés dans crâne. Deux trous noirs dans l’avant crâne. Ou un. Essayer mieux plus mal encore un. Un trou noir obscur au centre avant crâne. En quoi l’enfer de tout. Hors quoi l’enfer de tout. Ainsi à défaut de pire dire l’écarquillé désormais »

“The void. Before the staring eyes. Stare where they may. Far and wide. High and low. That narrow field. Know no more. See no more. Say no more. That alone. That little much of void alone. […] The eyes. Time to try worsen. Somehow try worsen. Unclench. […] Two black holes. Dim black. In through skull to soft. Out from soft through skull. Agape is unseen face. That the flaw ? The want of flaw ? Try better worse set in skull. Two black holes in foreskull. Or one. Try better still worse one. One dim black hole mid-foreskull. Into the hell of all. Out from the hell of all. So better than nothing worse say stare from now”

Samuel Beckett, Cap au pire ; Worstward Ho.


jeudi 24 janvier 2013

savoir

Hélène Cixous, Savoir. Dans : Hèlène Cixous & Jacques Derrida, Voiles. Galilée. 1998.
Dessins d'Ernest Pignon-Ernest.

« La myopie était sa  faute, sa laisse, son voile natal imperceptible. Chose étrange, elle voyait qu’elle ne voyait pas, mais elle ne voyait pas bien. Chaque jour il y avait refus, mais qui pouvait dire d’où partait le refus : qui se refusait, était-ce le monde ou elle ? Elle était de cette race obscure subreptice qui va désemparée devant le grand tableau du monde, toute la journée en posture d’aveu : je ne vois pas le nom de la rue, je ne vois pas le visage, je ne vois pas la porte, je ne vois pas venir et c’est moi qui ne vois pas ce que je devrais voir. Elle avait des yeux et elle était aveugle.
[…] Jusqu’au jour où. Un matin sur la place il n’y avait rien. […] Tout était perdu. Chaque pas augmenterait l’égarement. […] Elle se vit arrêtée au sein de l’invisible. De toutes parts elle voyait ce rien pâle sans limites, c’était comme si par un faux pas elle était entrée vivante chez la mort. L’ici néant durait, et personne. Elle saisie, tombée debout dans l’étendue insondable d’un voile, et voilà tout ce qui restait de la ville et du temps. La catastrophe s’était produite en silence.
Et maintenant qui était-elle ? Seule. 




 […] Elle était née avec le voile dans l’œil. […] Le Doute et elle furent toujours inséparables : les choses étaient-elles parties ou bien était-ce elle qui les mévoyait ? Jamais elle ne vit en sûreté. Voir était un croire chancelant. Tout était peut-être. Vivre était en état d’alerte. En courant à toute jambe vers sa mère elle se réservait la possibilité de l’erreur jusqu’à la dernière seconde. Et si sa mère n’était soudain pas sa mère à l’instant où elle atteignait son visage ? La douleur de n’avoir pas reconnu que l’inconnue ne pouvait être sa mère, la honte de prendre une inconnue pour la connue par excellence, le sang n’a donc pas crié, pas senti ? La trahison du sang du sens ainsi on peut se tromper de mère être trompée jusqu’à la mère ?
[…] Mais un jour cette femme décida d’en finir avec sa myopie et sans tarder elle prit rendez-vous avec le chirurgien. C’est qu’elle avait appris l’incroyable nouvelle : la science venait de vaincre l’invincible. En dix minutes ce fut fait.
[…] Ainsi le monde sortait de sa réserve lointaine, de ses absences cruelles. Le monde montait à elle, précisant ses visages. Toute la journée.
Cela avançait tellement vite qu’elle se voyait voir. Elle voyait venir la vue. […] Ce qui n’était pas est. La présence sort de l’absence, elle voyait cela, les traits du visage du monde se lèvent à la fenêtre, émergeant de l’effacement, elle voyait le lever du monde. […] Oui, dit le monde. […] C’est ce qui la transportait : le pas de l’Apparition. La venue à Voir. Et qui vient ? moi ou toi ?
C’était voir-à-l’œil-nu, le miracle.
[…] à cette aube sans subterfuge elle avait vu avec ses propres yeux le monde, sans intermédiaire, sans les verres de non-contact. La continuité de sa chair et de la chair du monde, le toucher donc, c’était l’amour, et là était le miracle, la donation. […] Elle venait de toucher le monde de l’œil. 

 


[…] Maintenant c’était l’heure des adieux cruels et tendres au voile qu’elle avait tant maudit. […] Elle était tombée dans un état d’adieu.
Le deuil de l’œil qui devient un autre œil. […] La joie de l’œil délivré physiquement.
[…] La joie de l’œil débridé : on entend mieux aussi. Pour entendre il faut bien voir. Maintenant elle entendait bien même sans lunettes.
[…] elle découvrait les bizarres bienfaits que son étrangère intérieure lui prodiguait "avant", et dont elle n’avait jamais pu jouir avec joie, seulement avec angoisse : l’innarivée du visible à l’aube, le passage par le non-voir, toujours il y a eu un seuil, franchir à la nage le détroit entre le continent aveugle et le continent voyant, entre deux mondes, un pas marqué, venir du dehors, un pas encore, une imperfection, elle ouvrait les yeux et elle voyait le pas encore, il y avait ce mouvement de porte à exécuter pour accéder au monde visible.
[…] Bientôt auraient disparu le flou, le chaos avant la genèse, l’intervalle, l’étape, l’amortissement, l’appartenance à la non-voyance, la silencieuse pesanteur, le passage quotidien de frontière, l’errance dans les limbes.
[…] Ce que les voyants n’ont jamais vu : la présence-avant-le-monde. Mais "avant" ne sachant pas qu’elle voyait cela, le voyait-elle ?
Les voyants savent-ils qu’ils voient ? Les non-voyants savent-ils qu’ils voient autrement ? Que voyons-nous ? Les yeux voient-ils qu’ils voient ? Les uns voient et ne savent pas qu’ils voient. Ils ont des yeux et ils ne voient pas qu’ils ne non-voient pas.
A l’aube, elle se vit encore – une dernière fois – voir qu’elle ne voyait pas encore ce que plus tard elle verrait "d’un coup".
[…] Une telle expérience ne pouvait avoir lieu qu’une fois, c’est ce qui la bouleversait. La myopie ne repousserait pas, l’étrangère ne lui reviendrait jamais […] La nostalgie de la secrète non-voyance se levait.
Et cependant, on veut tellement voir, n’est-ce pas ?
Voir ! On veut : voir ! Peut-être n’avons-nous jamais eu d’autre vouloir que voir ? »